Le projet — Immeuble de bureaux mixte, Hay Riad, Rabat. Rénovation du hall et des parties communes. Surface : 340 m². Livraison : mars 2025. Maître d'œuvre : cabinet Lahlou Architecture.
Karim Lahlou a accepté de nous recevoir dans son agence de Casablanca pour parler d'un projet qui illustre parfaitement sa philosophie : faire de la matière l'argument principal d'un espace, là où d'autres auraient misé sur la lumière artificielle ou la signalétique.
Le brief initial
« Le client voulait "moderniser" le hall. Pour lui, ça voulait dire poser du faux marbre en carrelage 60×60, repeindre en blanc et ajouter un logo éclairé. Un hall lambda. J'ai refusé poliment et j'ai proposé autre chose. »
L'autre chose en question : un sol en marbre Crème Royal de 80×80 mm, adouci (pas poli, pour éviter les reflets parasites sous éclairage artificiel), et un mur d'entrée habillé de lames bois noyer sur toute la hauteur — 4,20 m du sol au plafond. Deux matières nobles, un geste fort, un budget raisonné.
La négociation sur le budget
« Le marbre marocain est moins cher qu'on ne croit si on le source localement. On a travaillé avec Sonajib pour sélectionner les dalles RAK Ceramics effet marbre directement en showroom — on a choisi une qualité B sur les parties qui seraient sous les meubles d'accueil, et qualité A sur la zone de passage. On a économisé 18 % sur le lot pierre sans perdre en qualité visuelle. »
Pour le bois, Karim a opté pour des lames noyer en micrograin sur structure aluminium — plus stables qu'un lambris massif dans un espace à flux de personnes et à température variable. « Le noyer est une essence sombre qui absorbe la lumière et la restitue différemment selon l'heure. Le matin avec la lumière naturelle de l'est, il est presque doré. En soirée sous les spots, il devient presque noir. Le hall vit. »
« Quand le hall est fini, les locataires de l'immeuble s'arrêtent. Certains prennent des photos. C'était un espace de transit — c'est devenu un lieu. »
Les détails qui comptent
Karim insiste sur deux détails d'exécution qui font la différence entre un projet soigné et un projet ordinaire :
La plinthe cachée. Entre le sol en marbre et le mur bois, pas de plinthe classique — une gorge de 12 mm taillée dans le marbre, qui crée une séparation nette sans joint de dilatation visible. Le résultat : les deux matières semblent se toucher sans se toucher.
L'éclairage rasant sur le bois. Des profils LED encastrés derrière une corniche haute, orientés vers le mur bois, créent une lumière rasante qui révèle le grain du noyer. « Sans cette lumière, le bois serait plat. Avec elle, il prend une profondeur qui change selon l'angle de vue. »
La réaction du client
Six mois après la livraison, le client a demandé à Karim de réaliser les halls des deux autres immeubles du groupe selon le même principe. « Il m'a dit : "Les locataires me parlent du hall. Personne ne me parle jamais d'un hall." »
Ce que ce projet enseigne
Trois leçons que Karim tire de cette expérience :
- Le hall mérite autant d'attention que les plateaux — c'est la première et dernière impression.
- Sourcer la matière localement permet de contrôler la qualité et de réduire les coûts sur des volumes importants.
- L'éclairage n'est pas un accessoire — il est partie intégrante de la prescription du revêtement.